« Vanneste a franchi la ligne rouge »



Hussein Bourgi, président de MDH :
« Vanneste a franchi la ligne rouge »

Habitué à tenir des propos provocateurs à l’égard des homosexuels qu’il accuse d’avoir des comportements « curieux », le député UMP Christian Vanneste a franchi une nouvelle étape en tenant des propos négationnistes. Interviewé par le site LibertéPolitique.com, il a évoqué « la fameuse légende de la déportation homosexuelle » au cours de la Seconde Guerre mondiale. Pour le député du Nord : « En Allemagne, il y a eu la répression des homosexuels et la déportation qui a conduit à  à peu près 30 000 déportés. Et il n’ y en a pas eu ailleurs (…) en dehors des trois départements annexés, il n’ y a pas eu de déportation des homosexuels en France ». Si la gauche a vivement réagi, le bureau politique de l’UMP a également condamné ces propos. Christian Vanneste qui persiste et signe est menacé d’exclusion. Le président du mémorial de la Déportation Homosexuelle (MDH)  envisage de porter plainte contre le député UMP du Nord  et dénonce «  le silence assourdissant » de l’Elysée et de Matignon.

Comment expliquez-vous cette nouvelle salve contre les homosexuels de la part de Christian Vanneste ?

Ces propos font partie intégrante de l’attitude obsessionnelle de Christian Vanneste à l’égard des homosexuels. Dès qu’il y a un débat, que ce soit sur le couple, le mariage, l’adoption, dès qu’il y a une ouverture  en faveur des homosexuels, il s’en empare. C’est un épisode parmi d’autres. Mais cette fois il a franchi une ligne rouge. Tant qu’il critiquait — même avec excès — les homosexuels, cela provoquait de l’indignation. Cette fois, il a franchi une ligne rouge en portant atteinte à la mémoire d’homosexuels victimes du nazisme.

Quelle réalité historique lui opposez-vous ?
Nous nous appuyons sur les travaux de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation qui est reconnue d’utilité publique et qui n’est pas sujette à caution. Grâce aux recherches faites à partir des archives, elle a établi, en 2007, avec précision, l’existence de 62 cas de déportation d’homosexuels dont 22 à partir d’Alsace et Moselle, 35 Français qui franchissaient la frontière pour travailler et 6 autres arrêtés à Paris puis déportés vers Buckenwald. Il y a des noms, des itinéraires, des numéros de matricule. Nous demandons d’ailleurs avec force que de nouveaux travaux sur les archives soient entrepris.
Quant au débat sordide sur l’Alsace et la Moselle, nous lui préférons les propos de Philippe Seguin pour qui tous les amoureux de la France libre et souveraine étaient bel et bien français.

L’historien Serge Klarsfeld soutient lui aussi qu’il n’y a pas eu de déportation d’homosexuels de France mais à partir des territoires annexés de fait par l’Allemagne. Etes-vous surpris par cette analyse ?

Je pense qu’il pêche par omission mais je m’étonne qu’il n’ait pas eu connaissance de faits dont il a été question au cours de colloques et qui ont été rapportés dans des revues.

Comment expliquez-vous que la déportation des homosexuels ait été longtemps tue et soit encore si difficile à faire accepter ?

Lorsque les prisonniers sont revenus des camps, l’homosexualité était pénalisée en France. Elle le sera jusqu’en 1982. La loi pouvait envoyer quelqu’un en prison pour homosexualité. Du coup, pendant des années ces faits ont été occultés de la scène historique. Par ailleurs, il était plus flatteur de saluer la fierté et le courage de ceux qui avaient versé leur sang plutôt que des homosexuels qui étaient eux aussi victimes de la barbarie nazie mais qui ne s’étaient pas battus. Ce fut la même chose pour les handicapés ou les tsiganes dont le sort a été occulté, chassé de la mémoire collective. Pour les homosexuels, il a fallu attendre le livre de Pierre Seel pour commencer à porter cette revendication. Ce n’est qu’à partir de la fin des années 80 que l’on a commencé  à militer pour leur réhabilitation.

Christian Vanneste est menacé d’exclusion de l’UMP. Trouvez-vous que la réaction soit à la hauteur des faits ?
On évoque des sanctions. Je trouve que le terme est assez vague. Nous demandons non seulement son exclusion de l’UMP mais le retrait de son investiture aux législatives et la désignation par l’UMP d’un autre candidat. En 2007, l’UMP lui avait déjà retiré son investiture mais n’avait présenté aucun candidat contre lui. Christian Vanneste avait utilisé l’étiquette CNI, groupuscule de droite et s’était fait élire. En ce qui nous concerne, nous porterons certainement plainte. Mais nous sommes également stupéfaits du silence assourdissant du président de la République, garant de l’unité et de la cohésion sociale qui n’ a pas réagi aux propos de Christian Vanneste, pas plus d’ailleurs que le Premier ministre.

Propos recueillis par l’association LGP Marseille organisatrice de l’EuroPride Marseille 2013

Art work : © Emmanuel Maniscallo pour LGP Marseille

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